Axe 2 – Travail, capacités et parcours biographiques

Interdisciplinaires, associant histoire, sociologie, anthropologie et musicologie, les recherches sur le travail se déploient autour de trois lignes de problématisation.

Cet axe est coordonné par Laure SCHNAPPER et Bénédicte ZIMMERMANN

 

Frontières du travail

La première ligne regroupe des travaux qui, sur la base d’un large spectre empirique – du travail artiste (L. Schnapper, D.Blanc, I. Mayaud) au travail agricole (M. Samak) en passant par les activités de services (D. Subramanian, F. Letourneux), explore la manière dont le travail se différencie d’autres activités tant sur le plan catégoriel (amateurisme versus professionnalisme par exemple) que sur le plan de l’expérience vécue de ceux qui réalisent ces activités. La première ligne de problématisation consiste ainsi à ne pas cantonner l’acception du travail à une définition donnée, pour interroger au contraire ses frontières et leur mouvance, en termes de contenu, de formes et de statut (A. Daneau, K. Le Bail). Il s’agit de refuser toute distinction a priori entre le travail artiste et les autres formes de travail, pour entreprendre à travers une diversité de cas empiriques, leur étude conjointe à partir d’une même boite à outils.

Expériences et parcours professionnels

En associant travail et capacités, la seconde ligne de problématisation amène à considérer le travail conjointement sous un angle individuel et collectif. Les travaux menés dans ce cadre mobilisent la notion de capacité sous l’angle du pouvoir d‘agir qui résulte de l’interaction entre une personne et son environnement (dans un sens large incluant la famille et le lieu de travail jusqu’aux institutions). L’accent porte ici sur l’analyse des différents facteurs, aussi bien personnels qu’environnementaux, qui déterminent le pouvoir d’agir des personnes dans une situation donnée. Il s’agit d’analyser la manière dont le travail s’invite dans les biographies, et sur son expérience, envisagée conjointement comme source d’acquisitions et d’épreuves (L. Thévenot, B. Zimmermann). Les parcours professionnels sont appréhendés tout à la fois sous l’angle de l’expérience professionnelle, telle qu’elle est socialement objectivable à travers l’évaluation par autrui, et sous l’angle de l’expérience vécue du travail, telle qu’elle est éprouvée par les personnes. Un tel abord révèle les tensions entre différentes acceptions du travail : le travail comme source de revenu et de valeur économique, comme source d’accomplissement et de réalisation de soi, mais aussi comme source d’identité et de reconnaissance sociales (J. Landour). Le projet collectif ANR/DFG DEVENT « Développement professionnel et capacités d’agir des salariés. La France et l’Allemagne au prisme de multinationales » (J. Kaedtler et B. Zimmermann) étend ces questionnement à une exploration conjointe avec des collègues du SOFI Göttingen.

Participation, formes de l’engagement et du collectif

Une troisième ligne de problématisation consiste à étudier la manière dont travail et capacités interagissent à la fois au niveau des devenirs biographiques et des collectifs liés au travail (S. Marguin). Nous analysons ici les collectifs sous différents angles : des ressources et des contraintes qu’ils impliquent pour le pouvoir d’agir, des formes de l’engagement et de la participation, mais également des formes d’évaluation et de « valuation » du travail. Parce que le collectif pose de manière incontournable la question des valeurs associées au travail, il ouvre, à travers notamment la question des principes de justice, un front d’échanges et de discussions avec le troisième axe de recherche du Centre dédié aux « Espaces de normativité ». L’atelier de recherche « Individu et collectifs » (F. Letourneux, B. Zimmermann) vient fédérer l’ensemble des travaux conduits sous cette ligne.

Le propre de ces différents axes de problématisation du travail est de tenir ensemble au moins trois niveaux d’analyse : celui des institutions, des organisations et des devenirs biographiques. Une telle approche multi-niveaux constitue une première caractéristique des recherches sur le travail menées au Centre Georg Simmel, la seconde consiste à décloisonner ces recherches en les inscrivant dans une perspective résolument transnationale, ouvrant vers l’Allemagne, mais également au-delà.